Clara Ruestchmann

Ses recherches croisent anthropologie du travail et des techniques, de l’art et de l’urbain, et abordent la mobilisation de l’art comme appui de la fabrique métropolitaine, les dynamiques de (re)structuration professionnelle dans ce contexte, et la question des gestes et des savoir-faire déployés au cours de la fabrique d’œuvres pérennes.
Thèse soutenue le 03/11/2025
"Mettre le Grand Paris en œuvres : une anthropologie du travail de l’art contemporain intégré au bâti"
EHESS, Paris
Cette thèse s’intéresse à la production d’œuvres d’art contemporain réalisées dans le cadre des projets urbains du Grand Paris, en particulier ceux liés au futur réseau de transport du Grand Paris Express (GPE), et ceux commandés pour le Village des athlètes, aménagé en Seine-Saint-Denis à l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Ces œuvres, à vocation pérenne, présentent la spécificité d’être pensées en interface directe avec l’architecture des bâtiments : intégrées à une façade, fixées dans un plafond, fusionnelles du sol dans un hall, etc. Celles-ci s’inscrivent dans une dynamique de multiplication des commandes artistiques dans le Grand Paris et sont produites et installées au cœur même des chantiers. Leur fabrication mobilise un large éventail de professionnel·les de l’art mais aussi de l’urbain (architectes, ingénieur·es, ouvrier·es, etc.) ; elle prend, dès lors, place dans un entrelacement d’enjeux spécifiques au contexte bâti. Les rouages du processus de leur production demeurent néanmoins relativement opaques et, en premier lieu, pour celles et ceux qui y contribuent. Les différent·es acteur·ices qui traversent et composent la chaîne de fabrication de ces œuvres (de la commande en passant par leur conception, fabrication et installation, jusqu’à l’anticipation de leur maintenance) tendent en effet à évoluer dans des temporalités et dans des lieux distincts (chantiers, agences d’architecture, ateliers, etc.) et à travailler en silo, dessinant ainsi un processus de travail fragmenté.Je montrerai dans cette thèse que ces œuvres sont le fruit d’un processus sociotechnique où l’objet « œuvre d’art » est progressivement instauré en tant que tel, à chacune des étapes de travail. Je m’attacherai ainsi à retracer la trajectoire de construction de l’objet artistique, en m’appuyant sur une analyse par le prisme du travail, centrée sur les activités et les techniques mobilisées tout au long de la chaîne opératoire de conception et de production de ces œuvres. Pour ce faire, cette recherche s’appuie sur une enquête ethnographique menée pendant trois ans au sein d’une agence d’architecture dans le cadre d’un contrat Cifre, au cours de laquelle j’ai suivi le travail quotidien des architectes quant à la conception des bâtiments et des œuvres, puis au suivi de chantier dans lesquelles elles s’inscrivent. La recherche repose également sur l’étude de plusieurs projets d’œuvres d’art conduis par d’autres agences dans le Grand Paris, sur une série d’entretiens, ainsi que sur une pratique de photo-ethnographie.Il s’agira, en définitive, de considérer ces œuvres d’art pérennes comme le résultat de l’action conjuguée d’acteurs issus à la fois des mondes de l’art et de l’urbain, en portant notamment un regard sur les conventions socioprofessionnelles qui structurent leurs actions. La thèse interroge, finalement, la façon dont l’observation du travail qui sous-tend ces commandes artistiques offre des prises d’analyse plus générales sur les modes de fabrication de la ville, et plus particulièrement du Grand Paris.
Publications (revues à comité de lecture)
Ruestchmann Clara (2024). « “D’habitude c’est ma main qui décide, mais là c’est celle d’un autre” », Images du travail, travail des images, rubrique Un œil, une image, n°17. http://journals.openedition.org/itti/5224
Ruestchmann Clara (2024). « Commander la ville heureuse : l’investissement artistique des palissades de chantiers », Déméter, n°11.
https://www.peren-revues.fr/demeter/1413
Communications (sélection)
– Shaping urban atmospheres through art in the Paris 2024 Athletes’ Village, 5th International Congress on Ambiances, Lusófona University à Lisbonne (2024)
– « Là, on voit que c’est pas net » : (dé)considération du geste ouvrier dans l’installation d’oeuvres d’art contemporain, Colloque « Le corps de la maladresse », Association Française de Sociologie, RT23 et RT41 (2024)
– L’art au Village des athlètes : une mise en discours visuelle des valeurs de l’olympisme, Journée d’étude « Glottolympisme : aspects et enjeux sociolangagiers des JO Paris 2024 », Université Paris 3 (2024)
– Les artistes au cœur du chantier : des professionnel·les du sensible ?, Colloque du Laboratoire AAU « Expériences sensibles, fabrique et critique des territoires en mutation » Inalco (2023)
– Les œuvres d’art du Grand Paris Express comme interfaces entre la ville, la gare et ses usager·es, Colloque « La régénération récente des gares et quartiers de gare », Université du Mans (2023)
– Geste architectural, geste artistique. Collaborer autour d’œuvres pérennes en contexte architectural dans le Grand Paris, Colloque « Architecture et sculpture au XXIe siècle », INSA Strasbourg (2023)
