Jérôme Boissonade

L’épreuve publique, Espace public et bandes de jeunes, conflits et régulations

in L. Muchielli (coord.), Les bandes de jeunes. Des "Blousons noirs" à nos jours, ed. Recherches-La Découverte, 2007, pp. 245-261

La bande organisée, structurée, avec un leader, des signes identificatoires, un rituel… semble être l’autre mythe qui imprègne nos représentations des regroupements de jeunes. Après le territoire aisément confondu avec la propriété, ce qui est en jeu ici c’est la figure du collectif opposée à celle de l’individu.
Héritiers de la foule, le groupe ou la bande relèvent dans la tradition sociologique, d’un processus à dominante émotive, similaire à des états mécaniques ou hypnotiques. J. Selosse définit le groupe comme un « ensemble de personnes liées par un comportement commun et ayant une certaine conscience d’appartenance, éprouvant un ensemble de sentiments et s’exprimant à travers un système d’attitudes et de valeurs propres » (Fize, 1993 : 136). Inversement, l’individu repose sur un concept d’unité et d’identité, en tant qu’être particulier différent de tous les autres. Pourtant, le concept d’individuation, ce processus par lequel une personne acquiert une singularité sociale, aurait dû nous sortir de ce face-à-face entre la foule et l’individu. En effet, la sociologie et la psychologie des groupes se sont attachées à montrer le rôle complexe des groupes d’appartenance dans l’individuation de ses membres. L’identité sociale s’y construit sur la différenciation intercatégorielle et l’appartenance à de multiples groupes de référence auquel l’individu se rattache personnellement en tant que membre actuel ou auquel il aspire à se rattacher (Blanchet et Trognon, 1994 : 26). L’individuation repose donc sur la conscience de soi par la recherche d’un équilibre dynamique entre la ressemblance et la dissemblance avec autrui. Du coup, entre l’hypnose collective et l’individualisme égoïste, « l’individuation est compatible avec un engagement sur des projets solidaires » (Rémy, 2000 : 171).

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