Jérôme Boissonade

Mettre à l’épreuve l’acceptabilité sociale (art.)

(avec R. Barbier, M-J. Fortin, T. Bauler et E. Raufflet, Fournis Y.), Mettre à l’épreuve l’acceptabilité sociale, première partie, revue [VertigO], Vol.16 n°1, 2016

Alors même que nombre d’acteurs institutionnels et opérationnels la considèrent comme un allant de soi, la notion d’acceptabilité sociale suscite a minima de l’embarras parmi les chercheurs. Cet embarras paraît légitime à propos d’une notion comportant une forte charge normative et par ailleurs encore très peu stabilisée dans le champ scientifique.
Cet embarras place les chercheurs face à un dilemme. Soit ils rejettent la notion pour créer des termes alternatifs, au risque alors que ces derniers soient repris pour renommer des pratiques ayant elles, peu évolué. Soit ils s’approprient l’expression portée par les acteurs opérationnels et institutionnels (Fast, 2000), mais tentent alors d’en changer le sens en proposant des définitions, en précisant des cadres d’analyse (Fortin et Fournis, 2014) ; ce faisant, ils préservent l’expression a minima comme « mot de passe » leur permettant, entre autres, d’ouvrir un dialogue avec ces acteurs, ainsi qu’avec les autres disciplines.
A l’occasion de ce dossier, la revue Vertigo a choisi d’affronter l’embarras que provoque cette notion d’acceptabilité sociale en la mettant à l’épreuve. Les auteurs réunis dans les deux numéros proposent de faire le point sur ce que recouvre « l’acceptabilité sociale » (conceptions, approches) pour en saisir toutes les implications (analytiques, politiques), afin, d’une part, d’offrir des repères sur les discours et pratiques menées en son nom, et d’autre part, de comprendre sur quoi reposent les critiques qui la remette en cause.
Cette notion a-t-elle un sens scientifique ou s’agit-il exclusivement d’une catégorie de la pratique ? Élaborée à partir du milieu des années 80 (Laufer, 1984), elle est utilisée de manière plus soutenue depuis les années 2000 par de nombreux acteurs représentant des intérêts publics ou privés (élus, consultants, institutions financières, collectivités locales, sociétés d’investissement, ministères, dirigeants d’entreprises, etc.).
Texte intégral sur HAL SHS