Jérôme Boissonade

Les apports de la sociologie pragmatique à la transaction sociale. Le concept de "régimes d’action" dans l’analyse du discours des “jeunes de banlieue

Pensée Plurielle, Louvain-la-Neuve, De Boeck Université, N°1-2009, p.37-50,

La transaction sociale se centre sur la régulation des conflits, notamment grâce à la notion de “coopération conflictuelle” (Blanc, Mormont, Rémy et Storrie, 1994 : 15) . Cependant, cette oxymore peut-elle nous permettre de travailler des situations aussi diverses que l’échange, la négociation, le rapport de forces ou l’imposition ? Dans quelle mesure nous donne-t-elle des outils capables de réinterroger la notion de compromis ? La sociologie pragmatiste , parfois appelée sociologie des épreuves, peut permettre de dépasser nous semble-t-il, certaines limites propres à cette notion, grâce notamment au concept de “régime d’action”, orienté in fine, non pas vers une suspension de l’action (le compromis), mais attaché d’abord à sa dynamique (l’engagement).
Pour que des enseignements éventuels puissent être tirés de ce parallèle entre certains aspects de l’approche transactionnelle et de la sociologie pragmatiste, nous nous attacherons d’abord à mettre en regard différents termes maniés par ces deux courants de recherche.
Nous interrogerons ensuite deux notions qui nous paraissent essentielles pour avancer dans cette comparaison, celles de logiques d’action et de régimes d’action.
Dans la dernière partie, le concept de régime d’action sera mis à l’épreuve des rassemblements de jeunes pour montrer dans quelle mesure il peut permettre de saisir ce qui participe à rendre spécifiques les relations qui traversent ces rassemblements. La qualification de ces relations en termes de transaction ou d’épreuve n’entraîne pas les mêmes conséquences descriptives et analytiques. L’approche par les régimes d’action permet en effet de catégoriser les types d’épreuve, d’engagement et les passages d’un type d’engagement à l’autre.
Nous verrons qu’envisager ainsi la nature des tensions qui traversent les rassemblements c’est aussi prendre au sérieux leur dimension transformatrice.

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