Jérôme Boissonade

Ce que l’évaluation des écoquartiers nous apprend sur la “ville durable”

L’exemple du “Vivre ensemble”

& F. Valegeas, Pollution atmosphérique, climat, santé, société, N°237-238, 2018

Le « vivre-ensemble » devient un enjeu central dans la production et la gestion de la ville durable. Après avoir dépassé certaines contraintes techniques, la ville durable serait aujourd’hui confrontée à des limites, liées aux usages des habitants. Le mot d’ordre du « vivre-ensemble », largement mobilisé dans les opérations d’écoquartiers, serait alors une manière d’engager une transformation des modes d’habiter dans ces quartiers. Partant de l’observation d’un dispositif de construction d’indicateurs évaluatifs des écoquartiers, cet article met à jour les débats et paradoxes de la fabrique du « vivre-ensemble ». Les débats analysés montrent que l’évaluation de l’habiter dans ces écoquartiers apparaît être le fruit d’une tension entre :
- une définition a priori, qui s’appuie sur un modèle idéal du « vivre-ensemble » que l’évaluation viserait à confirmer ;
- des manières de « vivre-ensemble » construites par l’expérience et les pratiques des acteurs : expériences que l’évaluation viserait à repérer et à interroger.
La conception d’un « vivre-ensemble comme objectif », portée par le ministère, nous paraît contradictoire avec sa volonté de donner les moyens aux porteurs d’écoquartiers d’assurer eux-mêmes leur auto-évaluation. Que peut nous apprendre alors l’analyse des manières de « vivre-ensemble des expériences » sur la ville durable ? Une ville durable étant elle aussi soumise à cette double injonction de performance et de démocratie.

Texte intégral sur HAL SHS