Jérôme Boissonade

De la question urbaine à la question environnementale

Et de ses conséquences sur la gouvernance des villes

in Europe en mouvement : lieux, passages (Cerisy à Berlin, Berlin à Cerisy), Asholt W., Calle-Gruber M., Heurgon E., Oster-Stierle P. (dir.), Editions Hermann, p.149-167, 2018

Qu’est-ce que change le développement durable dans la gouvernance des villes ? Plutôt que de répondre à cette vaste question, nous avons choisi d’articuler notre présentation introductive au débat, à la session précédente consacrée à la politique de la ville en France et en Allemagne. Cette politique publique consacrée aux quartiers défavorisés a, en effet, été réorientée récemment vers des objectifs de développement durable.
Nous faisons l’hypothèse que cette évolution s’inscrit dans un mouvement de longue durée au cours duquel on est passé successivement d’un traitement de la question sociale à la question urbaine puis, aujourd’hui, à la question environnementale avec un but essentiel : inverser la charge morale liée à la question sociale.
Cette dernière, assumée auparavant par l’industrie dans le cadre des rapports sociaux au sein de l’entreprise, élargie à la cité ouvrière, l’a été, à partir des années 80 pour la France et 90 pour l’Allemagne, par les pouvoirs publics qui ont territorialisé la question sociale dans une question urbaine, à traiter par une politique de la ville à la fois urgente et ciblée.
Faire de l’urbain le terreau des difficultés sociales n’a pourtant pas empêché les pouvoirs publics de continuer à devoir porter la charge morale de ces difficultés, malgré diverses tentatives de “responsabilisation” de ces populations « assistées ».
L’émergence de la question environnementale dans le champ de la politique de la ville, permet selon nous, de désocialiser l’injonction, qui devient environnementale, et surtout d’inverser les responsabilités en faisant porter cette injonction non plus sur l’Etat et les collectivités, mais aux habitants eux-mêmes, devenus responsables, par leurs actions quotidiennes, de l’avenir de nos enfants et de notre survie collective. Les pouvoirs publics se contentant d’une obligation de moyens et non de résultat comme dans la période précédente.