La ville mondialisée : concepts, processus, pratiques

Si la mondialisation bouleverse nos modes de vie et leurs cadres concrets d’effectuation, elle affecte également nos représentations et la manière de saisir une situation nouvelle. Les cadres d’action et de pensée sont ébranlés par ces transformations. La circulation des informations, des biens et des personnes, l’urbanisation accélérée, des mouvements sociaux inédits et de nouvelles constructions collectives nous imposent de repenser nos catégories d’analyse pour tenter de les approcher et d’en saisir le sens, sens aussi pour tous les acteurs impliqués dans ces phénomènes.

Dès lors et plus particulièrement concernant la ville et l’espace urbain, les sciences humaines et sociales sont confrontées à une triple difficulté.
  • Chaque discipline se doit de résoudre la tension existant entre l’affirmation d’une continuité historique l’incitant au mieux à un simple aggiornamento conceptuel et la prévalence accordée à la primauté des ruptures l’entraînant vers un changement total d’approche ;
  • L’invention conceptuelle ou de notions proactives des dernières décennies (« ville globale », « ville productive » –la ville comme lieu de production de la richesse–, « gouvernance urbaine »…) ne masque pas la multiplicité des références théoriques et la difficulté accrue d’un dialogue entre les multiples disciplines concernées par ces questions ;
  • Si les mots engagent les locuteurs, leurs représentations, les modalités de l’action, ils engagent également des implicites théoriques et idéologiques que les sciences humaines et sociales doivent mettre à jour. Elles doivent aussi rendre compte des processus de construction de catégories et de répertoire, que ceux-ci émanent des univers politique, économique, culturel ou de celui des habitants.

Plus précisément, les rapports à l’espace, au temps et au pouvoir modifient le développement des villes, leur mode de gestion et les relations que les groupes sociaux entretiennent avec elles et entre eux.
Les articulations entre les échelles de temps et d’espace doivent être réévaluées à l’aune de nouvelles partitions spatiales, de référents temporels différents et multiples, de pratiques sociales à la fois anciennes et émergentes.
Ainsi, l’évolution des villes, leur développement méritent un examen méthodique permettant de comprendre ces phénomènes voire d’anticiper leurs conséquences. De même, les impératifs de développement durable doivent au moins être considérés dans leurs soubassements et leurs expressions.

Il faut par ailleurs s’interroger sur la construction de lieux et d’identités qui est sous-jacente et à tous niveaux et à toutes échelles : un espace et un temps personnels (la maison…) ou plus collectifs (la ville, la communauté, le pays…). Cette question pose aussi celle ayant trait aux limites et aux frontières entre des mondes auparavant plus étanches servant de référents stables (la commune, le lieu de travail…) et plus généralement celle relative aux conséquences d’un tel contexte sur les subjectivités, les rapports sociaux et de pouvoir.
Ces interrogations doivent aussi être rapportées à des spécificités culturelles peut-être infléchies par la circulation des personnes et des modes de pensée et de faire.
Ainsi, les pratiques et les représentations de l’espace, les mots pour le dire et l’occuper, les actions pour se l’approprier doivent être analysés dans ce nouveau cadre.

La ville contemporaine est une ressource qui est l’enjeu de concurrences sociales, politiques, symboliques pour ses habitants les plus stables comme pour les usagers les plus mobiles, pour les flux financiers, pour les nouvelles formes de travail et de coopération comme pour la rente foncière. Aussi, c’est sur les formes de ces conflits et leurs modes de régulation qu’il s’agit de s’interroger.

Finalement, l’espace, le temps, le pouvoir et les mots qui les incarnent sont donc au cœur des recherches qui s’inscrivent dans ce thème. Ce dernier s’attacher à examiner les conséquences des changements affectant ces référents spatio-temporels ainsi que les nouvelles formes d’actions et de relations sociales. Cet examen est conduit à partir de situations localisées et des épistémologies des disciplines mobilisées. Dès lors, c’est aussi des échanges entre disciplines et des conditions scientifiques d’une telle confrontation dont il est question, de même que de la place du chercheur dans la diffusion de la connaissance et son rapport à l’action.

La pluralité des disciplines présentes dans l’équipe AUS (anthropologie, architecture, sociologie, urbanisme, géographie, histoire…) et l’arrivée de nouveaux membres apparaissent particulièrement propices pour répondre à ces objectifs. Deux journées d’études ont été organisées au printemps 2012 en ce sens. On pourra mentionner également :
 
  • L’implication dans des réseaux thématiques nationaux et internationaux (Développement durable, Villes et ports ; J Boissonade, Th.Baudouin et M.Collin) et missions d’expertise (A.Levy).
  • La participation au Comité directeur au groupe de travail du GIS IPAPIC (Institutions patrimoniales et pratiques interculturelles) du Ministère de la Culture (R .de Villanova) ;